Où sont les lionnes?

Où sont les lionnes? Quelques posts publiés, et puis silence radio. Pendant plusieurs mois.
Ce n’est pas comme cela qu’on va construire une communauté diraient les instagrameuses les plus aguerries. Alors quoi, ca y est, on abandonne le sujet du chemin vers la maternité? On a d’autres chats à fouetter? Chacune sa FIV et les ovules seront mieux gardés?  

Un bébé est passé par là. Alors renommons cet article “Une grossesse après 3 fausses couches”. Le chiffre trois est le mien, il parle de mon parcours. Il ne hiérarchise pas une douleur en fonction d’un chiffre. Il ne dit pas non plus que je suis passée “de l’autre côté”, il a juste pour objectif de redonner un peu d’espoir à celles qui ont parfois envie de baisser les bras, et de soutien à celles qui comptent les jours en espérant que cette fois c’est la bonne.

Retomber Enceinte

Gestité: 4, Parité: 0. Si ca avait été le score d’un match de ligue des champions, on aurait parlé d’une raclée. Et bien sûr je me suis demandé si cette fois on allait transformer l’essai (le magazine l’Equipe ne sponsorise pas cet article). On a réussi, collectivement. Avec le médecin qui nous a suivi du début à la fin;  et notre entourage qui nous a donné des heures d’écoute, des mots doux et rassurants, et des regards bienveillants. Je pense aussi à ceux qui savaient, mais à qui on ne disaient rien – en attendant d’être sûrs que cette fois tout irait bien – et qui était là quand même.

Les 12 ères semaines ont été les plus difficiles. Elles le sont souvent pour une grossesse, elles l’ont été particulièrement pour nous. Trois fois ce sont les échographies qui ont mis fin à tout espoir de voir ce minuscule embryon de quelques millimètres, un jour devenir un foetus, puis un bébé.

Après la troisième fausse couche, nous avons été suivis par une Gynecologue-Obstétricienne spécialisée en PMA au sein de l’hôpital où je me rendais à chaque fausse couche. L’heure du bilan avait sonné. Sachez d’ailleurs qu’il ne sonne qu’après 3 fausses couches. Au bout de 2, c’est encore la faute “à pas de chance”.

Bilan hormonal, génétique, fonctionnel (coucou hystéroscopie, échographies, spermogramme) et le verdict est tombé: rien. Rien expliquait ces fausses couches à répétition. Je me souviens en avoir été déçue. Déçue de ne pas comprendre. Alors qu’est-ce qu’on fait? Cortisone et Kardégic dès le début de la grossesse. C’est tout? Ca fait deux ans et demie qu’on essaye d’avoir un bébé, 3 fausses couches au compteur et tout ce qui va m’aider c’est un anti-inflammatoire qui fait grossir et le même médicament que prend mon père depuis son AVC? J’étais triste et en colère. Même pas une petite stimulation hormonale pour nous aider à aller plus vite? “Essayez naturellement pendant trois mois, et si ca ne fonctionne pas revenez me voir, je vous donnerais un coup de pouce”. Je suis sortie de ce rendez-vous abattue et en colère. Et pourtant… 2 mois plus tard je tombais enceinte et je commençais donc à prendre ce traitement que je trouvais ridicule quelques semaines plus tôt, religieusement, anxieusement.

L’angoisse du début de grossesse. Et si cette fois c’était différent?

Ont débuté les 6 semaines les plus angoissantes de la grossesse: 2 prises de sang par semaine pour voir comment le taux de Beta HCG évoluait. A chaque fois cette angoisse de l’attente des résultats, “est-ce que ca a doublé en 48H?”. Et ce jour où ça n’a pas doublé. Parce qu’au bout d’un certain temps ca ne double plus, et c’est normal. Je ne le savais pas, et j’ai bien cru lire sur un résultat d’analyse que je faisais de nouveau une fausse couche.

8 semaines d’aménorrhées: échographie de datation, j’en ai pleuré d’angoisse. Et pourtant, c’est un bien un minuscule corps avec des semblant de bras et de jambes que l’on voit à l’image. Un premier soulagement, mais pas assez pour crier victoire. Encore 3 semaines, pour atteindre le premier palier: l’échographie du 1er trimestre. Celui que nous n’avions jamais atteint. Et c’est comme cela que nous vivions les choses: par palier, un jour après l’autre, un taux après l’autre, et la cortisone et le kardégic, comme une bouée qui semble faire tenir tout cela ensemble.

11 semaines d’aménorrhées: échographie du premier trimestre, nous étions anxieux. Nous n’avions jamais été jusque là. Cela nous réservait peut-être une belle surprise. Ca a été le cas, une surprise qui avait la forme d’un bébé, et un coeur qui battait. Et l’autorisation de se réjouir enfin.

Lâcher prise. Un peu.

A partir de ce moment là, tout a changé pour moi. C’était un renouveau, je prenais un chemin que je n’avais jamais emprunté auparavant, je n’étais plus dans ce sentiment d’éternel recommencement qui m’avait accompagné jusque là. J’avais très envie de me projeter, je me suis enthousiasmée comme il se devait, partageant cette nouvelle avec notre entourage, si heureux pour nous.

Pourtant, il nous aura fallu l’échographie du 2ème trimestre pour nous projeter vraiment: discussions sérieuses sur le prénom, premiers achats…

Moi qui pensais qu’après tout ce temps à attendre une grossesse qui fonctionne j’allais me ruer sur les vêtements pour bébé en bonne acheteuse compulsive que je suis… Ca a été tout l’inverse. Il m’aura fallu beaucoup de temps, et le coup de pouce d’une amie, pour enfin lâcher prise et acheter la première bricole à ce bébé. A ce moment là, il me paraissait tellement difficile d’acheter quoique ce soit, non pas par peur d’être déçue car j’avais dépassé ce stade; mais parce que je l’idéalisais. Ce bébé nous avait fait le cadeau de rester avec nous, rien ne serait jamais assez beau pour lui (enfin, pour elle).

Les derniers mois de grossesse ont été assez sereins, les fausses couche me semblaient loin, appartenant à une autre histoire, une autre moi. A tel point que je me mettais très facilement en colère dès que quelqu’un y faisait référence. J’avais en horreur le “je suis si heureuse pour vous, après tout ce que vous avez traversé”. Je refusais en bloc qu’on associe ce bébé à cette histoire malheureuse. J’avais l’impression que l’on voulait systématiquement me renvoyer à cela, me faire rentrer dans la case de celle qui nous a fait pitié pendant si longtemps. Ces sentiments prouvent bien que la blessure était encore là, même en fin de grossesse. Et même quand le bébé est né. Je prenais ces phrases pour une agression, je comprends seulement maintenant qu’elles n’étaient que bienveillance et compassion. Mais j’étais trop fière et je confondais compassion et pitié.

Encore un peu de chemin à parcourir.

Aujourd’hui, ma fille a presque 4 mois. Je sais que j’ai dû croiser des femmes qui m’ont regardé marcher dans la rue avec ma poussette bien voyante, avec envie, et colère, parce qu’elles attendent elles aussi de pouvoir se promener avec leur bébé. Je le sais parce que je l’ai vécu et qu’il m’est arrivé de détester certaines jeunes mamans, croisées au hasard, après une mauvaise nouvelle, ou simplement parce que le temps était trop long. Et parmi ces mamans, certaines ont peut-être vécu la même chose que moi, ou quelque chose de différent. Derrière une poussette se cache toujours une histoire, parfois douloureuse.

Il parait que les bébés nés après une fausse couche s’appellent les bébés arc-en-ciel. J’ai essayé de trouver ca mignon, mais je crois que je déteste. Mon bébé n’est pas un arc-en-ciel, c’est à la fois un soleil, un orage, une brise fraiche un jour de canicule ou une averse de grêlons. Je refuse de la mettre dans une case qui la ramènerait sans cesse à ce parcours semé d’embûches. Et pourtant sans elles, elle ne serait pas là. Vous voyez, je n’ai pas encore complètement réglé la question, les sentiments sont ambivalents…

Flore, du blog Maman Louve parle de son expérience (ici) et j’ai été émue par ses mots que je partage:

“Chacun a son histoire, Chacun a ses petits cailloux, J’en ai trois sous le pied. Mais je sais que quand je rencontrerai mon bébé dans 5 mois et demi, tout ceci prendra un sens. Parce que c’était lui.”

Je voudrais conclure ce post pour dire que le sujet de l’infertilité me tient toujours autant à coeur. Ce n’est pas parce qu’on a un bébé qu’on oublie ce qu’on a vécu. Et j’ai envie de continuer à faire vivre Les Lionnes.

Merci.

Enfin, merci à ma maman, Perrine, Maëva, Audrey, Déborah, Stéphanie, Emilie, Caroline, Soledad d’avoir été là dans les premières semaines si éprouvantes de ce début de grossesse, avant ou après les analyses de sang, les échographies. Merci de vos petits mots, des heures passées au téléphone, à me rassurer, à espérer avec moi/nous. Vous avez été précieuses.

Merci au Dr B. de nous avoir aidé et accompagné. Notre premier rendez-vous date du 11 janvier 2018. Notre fille est née le 10 janvier 2019. Si on me l’avait dit la première fois qu’on s’est rencontrées, je ne l’aurais jamais cru.

Merci à Pierrick, pour tout. Et à Alba, d’être là.

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