Où sont les lionnes?

Où sont les lionnes? Quelques posts publiés, et puis silence radio. Pendant plusieurs mois.
Ce n’est pas comme cela qu’on va construire une communauté diraient les instagrameuses les plus aguerries. Alors quoi, ca y est, on abandonne le sujet du chemin vers la maternité? On a d’autres chats à fouetter? Chacune sa FIV et les ovules seront mieux gardés?  

Un bébé est passé par là. Alors renommons cet article “Une grossesse après 3 fausses couches”. Le chiffre trois est le mien, il parle de mon parcours. Il ne hiérarchise pas une douleur en fonction d’un chiffre. Il ne dit pas non plus que je suis passée “de l’autre côté”, il a juste pour objectif de redonner un peu d’espoir à celles qui ont parfois envie de baisser les bras, et de soutien à celles qui comptent les jours en espérant que cette fois c’est la bonne.

Retomber Enceinte

Gestité: 4, Parité: 0. Si ca avait été le score d’un match de ligue des champions, on aurait parlé d’une raclée. Et bien sûr je me suis demandé si cette fois on allait transformer l’essai (le magazine l’Equipe ne sponsorise pas cet article). On a réussi, collectivement. Avec le médecin qui nous a suivi du début à la fin;  et notre entourage qui nous a donné des heures d’écoute, des mots doux et rassurants, et des regards bienveillants. Je pense aussi à ceux qui savaient, mais à qui on ne disaient rien – en attendant d’être sûrs que cette fois tout irait bien – et qui était là quand même.

Les 12 ères semaines ont été les plus difficiles. Elles le sont souvent pour une grossesse, elles l’ont été particulièrement pour nous. Trois fois ce sont les échographies qui ont mis fin à tout espoir de voir ce minuscule embryon de quelques millimètres, un jour devenir un foetus, puis un bébé.

Après la troisième fausse couche, nous avons été suivis par une Gynecologue-Obstétricienne spécialisée en PMA au sein de l’hôpital où je me rendais à chaque fausse couche. L’heure du bilan avait sonné. Sachez d’ailleurs qu’il ne sonne qu’après 3 fausses couches. Au bout de 2, c’est encore la faute “à pas de chance”.

Bilan hormonal, génétique, fonctionnel (coucou hystéroscopie, échographies, spermogramme) et le verdict est tombé: rien. Rien expliquait ces fausses couches à répétition. Je me souviens en avoir été déçue. Déçue de ne pas comprendre. Alors qu’est-ce qu’on fait? Cortisone et Kardégic dès le début de la grossesse. C’est tout? Ca fait deux ans et demie qu’on essaye d’avoir un bébé, 3 fausses couches au compteur et tout ce qui va m’aider c’est un anti-inflammatoire qui fait grossir et le même médicament que prend mon père depuis son AVC? J’étais triste et en colère. Même pas une petite stimulation hormonale pour nous aider à aller plus vite? “Essayez naturellement pendant trois mois, et si ca ne fonctionne pas revenez me voir, je vous donnerais un coup de pouce”. Je suis sortie de ce rendez-vous abattue et en colère. Et pourtant… 2 mois plus tard je tombais enceinte et je commençais donc à prendre ce traitement que je trouvais ridicule quelques semaines plus tôt, religieusement, anxieusement.

L’angoisse du début de grossesse. Et si cette fois c’était différent?

Ont débuté les 6 semaines les plus angoissantes de la grossesse: 2 prises de sang par semaine pour voir comment le taux de Beta HCG évoluait. A chaque fois cette angoisse de l’attente des résultats, “est-ce que ca a doublé en 48H?”. Et ce jour où ça n’a pas doublé. Parce qu’au bout d’un certain temps ca ne double plus, et c’est normal. Je ne le savais pas, et j’ai bien cru lire sur un résultat d’analyse que je faisais de nouveau une fausse couche.

8 semaines d’aménorrhées: échographie de datation, j’en ai pleuré d’angoisse. Et pourtant, c’est un bien un minuscule corps avec des semblant de bras et de jambes que l’on voit à l’image. Un premier soulagement, mais pas assez pour crier victoire. Encore 3 semaines, pour atteindre le premier palier: l’échographie du 1er trimestre. Celui que nous n’avions jamais atteint. Et c’est comme cela que nous vivions les choses: par palier, un jour après l’autre, un taux après l’autre, et la cortisone et le kardégic, comme une bouée qui semble faire tenir tout cela ensemble.

11 semaines d’aménorrhées: échographie du premier trimestre, nous étions anxieux. Nous n’avions jamais été jusque là. Cela nous réservait peut-être une belle surprise. Ca a été le cas, une surprise qui avait la forme d’un bébé, et un coeur qui battait. Et l’autorisation de se réjouir enfin.

Lâcher prise. Un peu.

A partir de ce moment là, tout a changé pour moi. C’était un renouveau, je prenais un chemin que je n’avais jamais emprunté auparavant, je n’étais plus dans ce sentiment d’éternel recommencement qui m’avait accompagné jusque là. J’avais très envie de me projeter, je me suis enthousiasmée comme il se devait, partageant cette nouvelle avec notre entourage, si heureux pour nous.

Pourtant, il nous aura fallu l’échographie du 2ème trimestre pour nous projeter vraiment: discussions sérieuses sur le prénom, premiers achats…

Moi qui pensais qu’après tout ce temps à attendre une grossesse qui fonctionne j’allais me ruer sur les vêtements pour bébé en bonne acheteuse compulsive que je suis… Ca a été tout l’inverse. Il m’aura fallu beaucoup de temps, et le coup de pouce d’une amie, pour enfin lâcher prise et acheter la première bricole à ce bébé. A ce moment là, il me paraissait tellement difficile d’acheter quoique ce soit, non pas par peur d’être déçue car j’avais dépassé ce stade; mais parce que je l’idéalisais. Ce bébé nous avait fait le cadeau de rester avec nous, rien ne serait jamais assez beau pour lui (enfin, pour elle).

Les derniers mois de grossesse ont été assez sereins, les fausses couche me semblaient loin, appartenant à une autre histoire, une autre moi. A tel point que je me mettais très facilement en colère dès que quelqu’un y faisait référence. J’avais en horreur le “je suis si heureuse pour vous, après tout ce que vous avez traversé”. Je refusais en bloc qu’on associe ce bébé à cette histoire malheureuse. J’avais l’impression que l’on voulait systématiquement me renvoyer à cela, me faire rentrer dans la case de celle qui nous a fait pitié pendant si longtemps. Ces sentiments prouvent bien que la blessure était encore là, même en fin de grossesse. Et même quand le bébé est né. Je prenais ces phrases pour une agression, je comprends seulement maintenant qu’elles n’étaient que bienveillance et compassion. Mais j’étais trop fière et je confondais compassion et pitié.

Encore un peu de chemin à parcourir.

Aujourd’hui, ma fille a presque 4 mois. Je sais que j’ai dû croiser des femmes qui m’ont regardé marcher dans la rue avec ma poussette bien voyante, avec envie, et colère, parce qu’elles attendent elles aussi de pouvoir se promener avec leur bébé. Je le sais parce que je l’ai vécu et qu’il m’est arrivé de détester certaines jeunes mamans, croisées au hasard, après une mauvaise nouvelle, ou simplement parce que le temps était trop long. Et parmi ces mamans, certaines ont peut-être vécu la même chose que moi, ou quelque chose de différent. Derrière une poussette se cache toujours une histoire, parfois douloureuse.

Il parait que les bébés nés après une fausse couche s’appellent les bébés arc-en-ciel. J’ai essayé de trouver ca mignon, mais je crois que je déteste. Mon bébé n’est pas un arc-en-ciel, c’est à la fois un soleil, un orage, une brise fraiche un jour de canicule ou une averse de grêlons. Je refuse de la mettre dans une case qui la ramènerait sans cesse à ce parcours semé d’embûches. Et pourtant sans elles, elle ne serait pas là. Vous voyez, je n’ai pas encore complètement réglé la question, les sentiments sont ambivalents…

Flore, du blog Maman Louve parle de son expérience (ici) et j’ai été émue par ses mots que je partage:

“Chacun a son histoire, Chacun a ses petits cailloux, J’en ai trois sous le pied. Mais je sais que quand je rencontrerai mon bébé dans 5 mois et demi, tout ceci prendra un sens. Parce que c’était lui.”

Je voudrais conclure ce post pour dire que le sujet de l’infertilité me tient toujours autant à coeur. Ce n’est pas parce qu’on a un bébé qu’on oublie ce qu’on a vécu. Et j’ai envie de continuer à faire vivre Les Lionnes.

Merci.

Enfin, merci à ma maman, Perrine, Maëva, Audrey, Déborah, Stéphanie, Emilie, Caroline, Soledad d’avoir été là dans les premières semaines si éprouvantes de ce début de grossesse, avant ou après les analyses de sang, les échographies. Merci de vos petits mots, des heures passées au téléphone, à me rassurer, à espérer avec moi/nous. Vous avez été précieuses.

Merci au Dr B. de nous avoir aidé et accompagné. Notre premier rendez-vous date du 11 janvier 2018. Notre fille est née le 10 janvier 2019. Si on me l’avait dit la première fois qu’on s’est rencontrées, je ne l’aurais jamais cru.

Merci à Pierrick, pour tout. Et à Alba, d’être là.

Témoignage: Clara, en route vers la FIV

Ce témoignage (en espagnol dans sa version originale si vous le souhaitez) vous présente le parcours de Clara, de l’envie de fonder une famille, au moment où on doit pousser la porte de la PMA et enfin les préparatifs en vue d’une Fécondation In Vitro de type ISCI.



Je suis argentine, j’ai 39 ans, et j’habite à Paris avec mon copain français depuis presque 4 ans.  Cela fait déjà 1 an qu’on a décidé de devenir parents et former une famille.

Mais les choses ne sont pas si simples… Après six mois d’essais infructueux, ma gynécologue nous a envoyés faire des examens hormonaux, ainsi que qu’une échographie et une hystérosalpingographie (NDLR: nous reviendrons sur ces examens dans un prochain article) pour moi et un spermogramme pour mon compagnon.

Les résultats ont été décourageants: mon taux d’AMH (hormone anti-mullerienne) était inférieur au minimum acceptable pour pratiquer un fiv (0,21 g/ml) et mes niveaux d’hormones (LH, FSH, etc.) indiquaient un état de pré-ménopause, une insuffisance ovarienne. Ce n’était pas tout, les résultats de mon compagnon non plus n’étaient pas bons: ils indiquaient une absence de mobilité et un malformation dans la physionomie de ses spermatozöides.

Le premier rendez-vous avec la gynécologue pour faire le point sur tous ces résultats a été le premier moment difficile de ce parcours. Nous étions en train de pousser la porte d’entrée à l’Univers de la PMA.

Ces mots ont été durs… Elle nous a dit que si on arrivait à avoir un bébé, cela relevait du  miracle. Et que de toutes façon, elle devait nous diriger vers des spécialistes pour essayer, au moins, de passer par le parcours PMA.

Dans ce contexte, on a entamé un nouveau chemin: un rendez-vous chez l’urologue pour mon copain, avec des nouveaux examens qui ont indiqué qu’il était en bonne santé (sérologie et échographie), malgré les résultats du spermogramme. De mon côté, des échographies et radiologies montraient que physiologiquement, mon corps était en condition d’accueillir une grossesse, mais pas mes hormones.

Finalement, nous avons donc eu rendez vous avec une gynécologue-obstétricienne spécialisée en PMA: c’était la première fois qu’on comprenait vraiment le processus, expliqué avec clareté et patience: 2 mois de préparation pour moi avec la prise de vitamine E, D, B12, DHEA et de l’acupunture avant de réaliser une FIV du type ICSI*.

En parallèle, nous avons des rendez-vous avec la sage-femme qui coordonne le traitement. Elle nous explique que, selon le protocole choisi par mon médecin,  ce sera environ 10 jours d’injections pour la stimulation du processus d’ovulation, tout en surveillant comment mon corps répond au traitement, suivi de la ponction d’ovocytes qui seront “mélangés” aux spermatozöides, et après quelques jours, si les embryons formés sont bien développés, ils seront transférés dans mon corps, suivis d’un test de grossesse pour savoir s’il le processus a réussi.

Pendant le rendez-vous avec les biologistes, ils nous ont expliqué le processus in Vitro et nous avons signé un consentement de transfert, et de conservation des embryons qui ne seront pas transférés. C’est toute une équipe qualifiée qui est là pour nous aider à réussir notre projet, parfois un mélange de science fiction et réalité.

Tout le traitement est accompagné par une psychologue spécialisée, c’est une partie très importante du processus pour arriver à mieux comprendre qu’on est deux à vivre cela ensemble, mais pas forcément de la même manière.

Comment je me sens? Ça dépend, au début j’étais très angoissée, très négative.  A mesure que le processus avance ( il n’a démarré il y a trois mois seulement), je vois les étapes avancer, les possibilités qui nous sont proposées;  et mon angoisse se calme. Ce n’est pas facile, mais un jour, à la maternité où je suis suivie pour la FIV, j’ai vu une pancarte qui disait “PMA: Positive Mentalité Attitude”.

Le plus important c’est d’être bien accompagné, et de toujours garder en tête qu’on a choisi de devenir des parents, on a choisi de passer par ce processus. On est pas des héros, ni des courageux, et encore moins des victimes. C’est un choix, et on avance étape après étape sans savoir ce que sera le résultat final, mais en vivant au jour le jour et en profitant de toutes les autres choses que la vie nous offre.


 

Mille mercis à Clara d’avoir partagé avec nous ce parcours et de comprendre quelles sont les étapes à franchir avant de faire une FIV. On vous donnera très vite de ses nouvelles sur leslionnes.co

La richesse des Lionnes, c’est la diversité des témoignages. Quel que soit votre chemin vers la maternité, écrivez-nous: contactleslionnes@gmail.com

Un petit verre de vin et quelques larmes

Qu’on se le dise, le parcours d’une femme dont le chemin vers la maternité est compliqué n’est pas linéaire. Quand vous entendez une amie vous dire “ça fait trois ans qu’on essaye” aucune saison, aucun mois passé durant ces trois ans ne se ressemblent. Il y a les périodes d’espoir, d’attente, de désespoir, de frustration, de renoncement, d’espoir encore… Une quantité d’émotions qui rendrait le film Vice-Versa aussi long que Titanic si il fallait toutes les mettre à l’écran.

Mais à partir du moment où on s’est mise à désirer un enfant et où on a réalisé que ça ne serait pas si simple, il y a bien un objet qui cristallise la douleur sourde liée aux difficultés de maternité: c’est le verre de vin (fonctionne aussi avec du spritz, de la bière ou du ricard…). Mais ne soyons pas trop dures avec ce délicieux breuvage, ce n’est pas lui qui est en cause, c’est souvent le contexte: un dîner entre amis, un déjeuner en famille, une soirée avec des collègues.

Que celle d’entre nous qui n’a pas pris son air le plus détaché en commandant haut et fort un verre de “vin rouge, pas trop tanique, plutôt Bourgogne si vous avez” histoire d’afficher la couleur auprès de son entourage lève la main. Cette technique consiste à dire de manière très ostentatoire: “Non, je ne suis toujours pas enceinte”. Car une femme qui “galère” est observée par son entourage qui préfère parfois se cacher derrière le contenu d’un verre alcoolisé; pour éviter de poser la question “Alors, toujours pas?”. Et même si on fait semblant, on voit ces regards, ils nous blessent un peu. Finalement, il vaut peut-être mieux laisser s’exprimer le verre de Chardonnay à notre place, plutôt que d’aboyer “Bah non toujours pas, ca se voit, non?” – que l’on finit toujours par regretter car nous venons de trahir notre faiblesse, et c’est la colère qui s’est exprimée à notre place.

Mais il serait hypocrite d’avancer que les “essayeuses” sont les victimes des grands méchants maladroits scrutant leurs verres… Car en réalité, ce sont elles qui ont l’oeil le plus aiguisé, et démarre chaque soirée / dîner / apéro en passant au radar le contenu du verre de toutes les femmes en âge de procréer. Et on ne la leur fait pas, celles qui demandent une bière mais la refile en douce à leur mecs, elles les repèrent immédiatement.

Grande idée bien sûr que cette manie qui n’est autre qu’une méthode sûre et efficace pour se plomber soi-même une soirée sans pouvoir expliquer sans une honte certaine ce qui nous rend triste et nous fait verser quelques larmes en rentrant à la maison.

Que dire encore de cette copine, très épanouie dans sa grossesse, qui se plaint que son Virgin Mojito n’a pas de goût et vous fait remarquer que vous avez beaucoup de chance de pouvoir vous siffler ce petit verre de rosé bien frais. Quelle chance?! Celle d’avoir les yeux plein de larmes à chaque fin de cycle parce que nos règles ont commencé, ou parce qu’elles ont eu l’insolence d’avoir du retard – espoir immédiatement écrabouillé par un énième test de grossesse négatif? A cet instant là, vous pourriez jurer allégeance aux Tourtel Citron contre les meilleurs Bordeaux millésimés juste pour pouvoir vous caresser le ventre comme elle est en train de le faire…

Dans ces trois cas de figure, vous finissez toujours par vous détester d’avoir été blessée, (et peut-être blessante en retour), d’avoir montré vos failles voir vos larmes, juste pour un verre de vin. Le diable se cache dans les détails; dans les plus petits mots, dans le moindre regard peuvent se nicher des vagues de frustration, de colère qui sont normales, que vous avez le droit de ressentir – parce que ce que vous traversez est une épreuve. Et n’oubliez pas Les Lionnes, qu’un jour (même si vous vous êtes jurée de ne jamais le faire) vous vous surprendrez à ronchonner devant un Virgin Mojito en lorgnant sur le rosé des copines, les mains posées sur votre ventre arrondi.

Témoignage: Marie, fausses couches à répétition

Je m’appelle Marie et je suis la co-créatrice des Lionnes. Pour moi, le chemin vers la maternité est chaotique et long. Il aura été entrecoupés de moments de grande joie, suivis d’espoirs déçus, d’attente, de frustration, et puis d’un espoir, encore un peu plus grand…

Nous avons voulu un enfant en août 2015, et je suis tombée enceinte 4 mois après. Jusque là, tout allait bien, c’était même la trajectoire « idéale ».
Malheureusement, lors d’une visite de contrôle chez ma gynécologue à 9 semaines d’aménorrhée (SA), nous avons constaté que l’embryon avait arrêté de se développer. Au delà du choc et de la tristesse que cette annonce a provoquée, nous ne mesurions peut-être pas à ce moment là que nous passions dans une autre dimension: celles des urgences gynécologiques, du cytotec (je consacrerais prochainement un article à ce médicament qui aide a l’expulsion), de l’expulsion de l’embryon – un processus long et inconfortable, des larmes qui arrivent sans prévenir, du soulagement enfin, mêlé de mélancolie ensuite.

Et puis, il faut essayer de tourner la page. Faire une fausse couche, c’est fréquent… Réessayer. La deuxième grossesse se fait désirer, il faudra attendre un an. Une deuxième grossesse accueillie dans la joie mais avec beaucoup de prudence et d’anxiété; les derniers mois ont été longs et éprouvants et la désillusion de la grossesse précédente reste une blessure encore à vif. L’histoire se répétera, à 8 SA, lors d’un contrôle chez la gynécologue on constatera de nouveau un arrêt du coeur, et la petite taille de l’embryon pour son âge estimé. Si nous étions plus “préparés” à ce genre de nouvelle, au fond nous pensions sincèrement que le ciel ne nous tomberait pas sur la tête une deuxième fois. Le choc sera moins violent, mais la blessure plus profonde. Cette fois, le cytotec ne fonctionne pas, ou pas assez vite, l’expulsion se fera grâce à un curetage (là aussi, je consacrerais prochainement un article au curetage).

Sept mois plus tard, une troisième grossesse, une troisième fausse couche: plus précoce, les suites sont moins lourdes mais notre douleur devient sourde et un sentiment d’injustice s’empare de nous.  

Mais nous avons atteint un palier…celui des 3 fausses couches. Douloureux palier…mais qui nous permet d’être enfin écoutés, considérés par le corps médical et de rentrer dans un processus de recherche des anomalies qui causeraient ces fausses couches à répétition*. Nous passons donc une série d’examens en tout genre (analyses hormonales, ADN, fonctionnelles, etc.), mais la gynécologue-obstétricien qui nous prend en charge désormais nous a mis en garde, on « risque » aussi de ne pas trouver de cause. Effectivement, les résultats reviennent les uns après les autres, il n’y a rien d’anormal. Si c’est une excellente nouvelle, ce n’est pourtant pas la réponse que j’attendais, pour comprendre et faire le deuil de ce chemin vers la maternité, que j’imaginais tellement plus doux. A ce moment là, j’ai peur, car si on ne trouve pas de cause, alors on trouvera pas de solution? Ce n’est pas ce que pense notre médecin, elle est rapide, efficace, mais elle a l’air de croire qu’on va y arriver, faisons lui confiance….

Alors, nous voilà repartis pour un nouvel essai, naturel et sans aide médicale, mais avec quelques précautions et un traitement à prendre dès le début de la grossesse, dont les premières semaines seront plus suivies médicalement.

Vous faites peut-être partie de celles qui font parfois ce cauchemar: vous devez aller à un endroit, mais vous n’arrivez pas à avancer, tout vous retient; pour celles qui ne voient pas du tout de quoi je parle et qui se souviennent du clip Trippin’ de Robbie William: c’est comme monter des escalators qui s’obstinent à redescendre à chacun de vos pas. Où comme je l’ai dit à une amie, c’est comme jouer au jeu de l’oie et retourner sans cesse à la case départ pendant que les autres continuent d’avancer.

C’est exactement ce que j’ai ressenti pendant les deux dernières années. Pourtant, nous avons appris tellement de choses, nous avons dû faire face à deux à des évènements et des situations que nous n’avions jamais envisagés, et plus que jamais nous voulons fonder une famille.

J’ai eu envie de partager cette expérience avec d’autres, car il m’est arrivée de me sentir tellement seule et démunie face à un système médical certes très professionnel mais parfois dénué d’humanité; parfois tellement en colère contre certaines absurdités et surtout complètement ignorante sur des tas de sujets. J’ai la chance de pouvoir parler de tout cela avec mon compagnon, et mon entourage proche, mais je sais aussi que parfois on aimerait partager ses questions, ses doutes, ses humeurs avec des personnes qui ont traversé la même chose. J’ai envie, au cours de différents articles, d’aborder avec vous des sujets pratico-pratiques et quelques conseils que je retire de ma propre expérience et qui j’espère pourront vous éclairer, voir vous faire sourire.

A très vite !

* On considère “fausse couches à répétition” à partir de 3 fausses couches de suite.

Les Lionnes: Le Prologue

Il y a celles qui auront annoncé la couleur aux copines de but en blanc: “On est en essai bébé”; celles qui – pour surprendre ou éviter les questions – n’auront rien dit à personne; celles qui sont entre deux eaux et le regard un peu fuyant diront “Oui oui, on y pense”.

Chacune sa méthode, puis chacune son parcours. Et aucune n’a son mot à dire sur le chemin de la maternité qu’elle s’apprête à emprunter.

Il y a…

Celles qui désespèrent de voir leurs règles arriver tous les mois depuis tant d’années,

Celles qui tombent enceinte tout de suite,

Celles qui apprennent au cours d’une échographie précoce qu’il n’y a plus d’activité cardiaque,

Celles qui passeront plusieurs mois à s’inventer d’improbables symptômes de grossesse (et iront trouver des forums qui les conforte dans cette idée),

Celles qui ne savent plus vraiment si c’est une bonne idée,

Celles à qui on prononcera le mot « infertilité » et s’en sentiront humiliées,

Celles qui savaient qu’elles tomberaient enceinte facilement,

Celles qui doivent faire des choix impossibles, sur la base de statistiques ou du pronostic d’une échographie,

Celles qui passent par des parcours très médicalisés (et qui pourraient presque tutoyer la secrétaire du labo à force de la voir si souvent),

Celles qui ont peur de ne pas être à la hauteur,

Les Lionnes, c’est comme un café. On peut tout aussi bien en pousser la porte avec impatience pour y retrouver ses copines et partager ses joies, ses peines, ses doutes. On peut aussi y rentrer parce qu’il pleut dehors et qu’on a pas vraiment envie de parler, mais qu’on aimerait bien écouter les autres parler.

C’est avant tout un endroit où règne la bienveillance, parce que toutes les histoires que l’on se racontera ici sont différentes. Elles disent des petites et grandes blessures, que personne d’autre que celles qui les vivent ne peuvent juger. C’est un endroit où on a le droit de rire: de nos corps, de nos émotions, de ce que l’on traverse. C’est un endroit où l’on ne se prétend pas être médecin lorsque on ne l’est pas, on y raconte son vécu, son cas précis, sans présumer du reste. C’est un endroit où on regarde vers l’avant, où on se soutient, où on se redonne confiance.

Nous avons avant tout voulu créer cet endroit pour celles dont le chemin vers la maternité n’est pas un long fleuve tranquille. Pour celles qui ont honte, pour celles qui sont en colères, pour celles qui stressent, pour celles qui sont seules, pour celles qui sont désespérées. Mais comment imaginer cet endroit sans y inclure celles qui vivent une jolie grossesse ou celles qui sont déja maman? Cela serait oublier et ignorer ce par quoi elles sont, elles aussi passées, ca serait exclure alors qu’on se sent exclues. Nous avons toutes notre place ici. Nous sommes Les Lionnes, et nous allons avoir un bébé.

Nous n’avons donc aucune vocation médicale, aucune certification psychothérapique et n’avons en notre possession aucune boule de cristal. En revanche chez Les Lionnes nous sommes convaincues que l’esprit est très puissant et que la sérénité d’une maman en devenir est nécessaire. Combien d’entres nous ont entendu parlé de cette femme qui a enfin réussi à tomber enceinte après des années et des années, juste après l’annonce douloureuse d’une stérilité certaine. Ou encore celle qui a donné la vie pendant ses fameuses vacances, les dernières, celles programmées juste avant une première FIV tant redoutée.

Nous voulons vous aider à combattre la lecture terrorisante de ces forums qui disent : « C’EST IMPOSSIBLE, TU N’Y ARRIVERAS JAMAIS », ceux qui vous glacent littéralement le sang et vous font douter de vous. Il y a toujours une solution.

Enfin, Les Lionnes, c’est vous, c’est nous, et nous avons besoin de vos témoignages car ils peuvent aider quelqu’un dans une situation similaire à la vôtre, l’informer, lui redonner espoir. Quel que soit votre parcours, écrivez-nous: contactleslionnes@gmail.com